Showing posts with label French Translation. Show all posts

Un Hiver au Texas - Disponible



Le passé de Riley revient le hanter, à la fois professionnellement et personnellement.

Son frère décédé a laissé bien plus derrière lui que d’amers souvenirs auxquels Riley doit faire face. Le FBI se retrouve impliqué et soudain, c’est plus que son nom qui se retrouve sur la sellette. Jack est toujours là pour lui, mais jusqu’à quand son mari pourra-t-il se montrer compréhensif ?

Surtout lorsque Riley découvre, lors de sa lune de miel tardive, qu’il a une fille de huit ans dont il ignorait l’existence…

Acheter


Séries



Un Hiver au Texas - coming soon


Le passé de Riley revient le hanter, à la fois professionnellement et personnellement. 

Son frère décédé a laissé bien plus derrière lui que d’amers souvenirs auxquels Riley doit faire face. Le FBI se retrouve impliqué et soudain, c’est plus que son nom qui est sur la sellette. 

Jack est toujours là pour lui, mais jusqu’à quand son mari pourra-t-il se montrer compréhensif ? Surtout lorsque Riley découvre, lors de sa lune de miel tardive, qu’il a une fille de huit ans dont il ignorait l’existence…

Acheter


Amazon (FR) | Amazon (CA) | Amazon (UK) | Amazon (US) | Kobo | Smashwords | Barnes & Noble | iTunes

Extrait


CHAPITRE UN 

Dates for the diary - November and December 2017

NOVEMBER


SHORT STORY 15th - For Amber Kell's birthday celebrations It's here!

RELEASE 22nd - End Street Volume 3 released to celebrate Amber Kell's birthday - including book 5, The Case of the Purple Pearl, and book 6, The Case of the Guilty Ghost link to page to follow

TRANSLATION 22nd - The French translation of Retrograde is
released
Retrograde - French

SALE 22nd - 30th End Street Vols 1 & 2  reduced in price
to $3.99
End Street

DECEMBER


AUDIO Date TBA - Texas Christmas in Audio released Texas Christmas

RELEASE 1st - Deep Edge (Harrisburg Railers Hockey #3) MM Hockey

RELEASE 6th - Love Happens Anyway Love Happens Anyway

SALE 1st - Changing Lines (Harrisburg Railers Hockey
#1) Bookbub promotion at 99c
MM Hockey

SALE 1st - First Season (Harrisburg Railers Hockey #2)
price reduction to $2.99
MM Hockey

SALE 1st - 31st - New York Christmas price reduction to $2.99 New York Christmas

SALE 1st - 31st - The Christmas Collection price reduction
to $2.99
Christmas Collection

SHORT STORY 6th - Alex Jane's Advent Calendar participation date
for short story - on this blog
Will appear on this blog on 6th

COMPETITION 4th -21st  - HUGE cross group competition with a
myriad of authors and the grand prize of a Kindle Paperwhite
Christmas multi-author Competition

TRANSLATION Texas Winter in French link to page to follow

TRANSLATION New York Christmas in German link to page to follow

TRANSLATION Angel in a Book Shop in Spanish link to page to follow



Rétrograde - 22 Novembre


Le copilote, Lachlan Donaghue se réveille à l’hôpital, survivant du crash du vol HA1710, avec des pertes de mémoire et le soupçon qu’il pourrait être responsable du tragique accident. Quand tout devient trop difficile, il est ramené chez lui pour se cacher, de retour dans la petite ville irlandaise dans laquelle il a grandi, dans la maison qu’il partageait autrefois avec Rory.

Rory Kendrick regarde les informations, suit chaque heure de la catastrophe se dérouler et sait que, d’une manière ou d’une autre, Lachlan est au milieu de tout cela. Ce qu’il ignore, c’est que Lachlan sera obligé de rentrer chez lui pour se cacher et guérir. Lachlan a besoin d’un ami, pas d’un amant, mais parfois, les lignes sont trop floues pour avoir un sens.

Buy Links - eBook


Amazon (FR) | Amazon (US) | Amazon (UK) | Amazon (CAN) | KoboBarnes & Noble | Smashwords | iTunes FR | iTunes CAN | iTunes


Should I even be doing this? #BadTranslations

This week has been kinda stressful, mostly to do with a french translation of Back Home. In an attempt to get as many of my books out to a french market as possible i made the decision to take on another translator and it all kind of went tits-up (english'ism for *wrong*).

Things to bear in mind:

  • I have weekly, sometimes daily, emails/PMs/requests asking for my books to be in other languages, not just French, German and Italian.
  • I am desperate to get my stories into other languages so that readers who don't know English can read them. I want everyone who wants them to have access to my stories. What author wouldn't want that?
  • I have luckily found translators for French, Italian and German translations. People I trust (Benedicte Girault for French, Claudia Milani for Italian, Chris McHart for German).
  • All of my books, to date, that have been translated have sold enough to cover their fees and cover art. Some have been wildly successful, some have just broken even.
  • I want to keep the rights for my books - all of them. As far as I am concerned, unless I have no choice then I want to keep the rights to all my books, because trusting publishers is something I don't do much of anymore. Not after getting ripped off by Silver and ARe, and then messed around by Totally Bound (Pride).
  • I don't speak French.
  • Or German.
  • Or Italian.
  • Or Spanish.
  • In fact I only got a CSE grade 2 in French (and only Brits over the age of 46 will remember CSE's LOL)
When I pass on a book to be translated, there is an incredible amount of trust that I have to have in the translator. When the book is released, it is reviews that inform the quality of the translation.

When a book gets every other review calling on it as being a translation that was full or errors or that didn't flow, then as an author you begin to worry. Back Home is an older book, was the flow of the translation wrong because the writing in it is nine years or so old? Have other translation companies  deliberately commented on the book to make the translator of the book seem bad (believe me, I've seen this happen before)? Was the translator not a good one?

I don't understand. I don't know how to talk to the translators, or the readers. I rely completely on them knowing English, because as I said before, I am crap at languages. I feel lost, and uncomfortable, and i don't like it.

So, should I stop getting future books translated? Is it completely naive of us English authors to go about getting a translation done when we have no means of controlling the end product?

Because that is how I feel, out of control with it all. 

I am lucky enough that each of my translated books have sold really well, and the investment in them is one for the future, just like my audio books are.

Where does the buck stop? With me as the original author of the books? With me for contracting a translator out of my comfort zone? Me for not speaking french? Or is it with the translator?

Because believe me, the reason I get so sad about all this is that really the buck stops with me. 


Un Douloureux Retour

Je me suis engagée à faire traduire autant de mes romans que possible en français. Malheureusement, ma liste est très longue, j’ai donc fait appel à quelqu’un d’autre que mon traducteur habituel pour la traduction d’Un Douloureux Retour.

Il a été porté à mon attention que ce n’était pas une bonne initiative. La traduction n’était pas à la hauteur de mes attentes et je suis terriblement mécontente de ce qui s’est passé. Je procèderai à une nouvelle traduction par un traducteur recommandé et si vous avez acheté la mauvaise version, vous pourrez télécharger la nouvelle début 2018.  Gardez un Å“il sur ma page Facebook et sur mon site pour des nouvelles concernant une date de publication.

Je ne peux que m’excuser auprès de vous tous et espèrer que vous savez que je fais de mon mieux afin de publier autant de mes livres en français que possible.

Sincèrement,


RJ


Contes d'un étrange livre de cuisine



Contes d'un étrange livre de cuisine


On l'appelle « nourriture réconfortante » pour une raison.

On ne sait pas grand-chose sur le livre de recettes, sauf qu'il y a des années, la mystérieuse Granny B a recueilli un ensemble de recettes magiques et les a couchées sur le papier. Au cours des années, chaque livre a été modifié, corrigé, ajouté et transmis à travers les générations pour accumuler sa propre histoire unique. Les secrets de ces recettes très spéciales sont sur le point de trouver leur chemin dans de nouvelles mains et de nouvelles vies, juste au moment où elles en ont le plus besoin.

Les plats créés par amour jettent à eux seul un sort, mais les recettes de Granny B ajoutent un petit extra. Ce curieux livre de recettes contient non seulement des plats délicieux, mais également les secrets de l'amour, de la confiance et de la guérison, et il est sur le point d'exercer encore une fois sa magie.

Découvrez ces histoires écrites par :

Amber Kell
RJ Scott
Marie Sexton
Mary Calmes
Amy Lane

Buy Links - Paperback only

Amazon FR | Amazon US | Amazon UK | Amazon CA | Dreamspinner


Un douloureux retour - 14 Septembre

26 September 2017

Je me suis engagée à faire traduire autant de mes romans que possible en français. Malheureusement, ma liste est très longue, j’ai donc fait appel à quelqu’un d’autre que mon traducteur habituel pour la traduction d’Un Douloureux Retour.

Il a été porté à mon attention que ce n’était pas une bonne initiative. La traduction n’était pas à la hauteur de mes attentes et je suis terriblement mécontente de ce qui s’est passé. Je procèderai à une nouvelle traduction par un traducteur recommandé et si vous avez acheté la mauvaise version, vous pourrez télécharger la nouvelle début 2018.  Gardez un Å“il sur ma page Facebook et sur mon site pour des nouvelles concernant une date de publication.

Je ne peux que m’excuser auprès de vous tous et espèrer que vous savez que je fais de mon mieux afin de publier autant de mes livres en français que possible.

Sincèrement,


RJ



Tomber amoureux du petit ami de son frère lui a brisé le cœur. Maintenant, il est de retour chez lui et retombe amoureux.

Un baiser d’anniversaire donné à la suite d’un défi et Kieran se rend compte qu’il risque de tomber amoureux de Jordan, le petit ami de son frère. Son départ à l’université lui donne la possibilité de changer de pays afin de tempérer un peu sa peine de cÅ“ur.

Mais, lorsque son père tombe malade et que sa sÅ“ur le supplie de rentrer à la maison, Kieran revient pour de bon. Il trouve l’entreprise familiale au bord de la faillite et Jordan, l’homme qui l’avait obligé à partir, dévasté par le désespoir et la culpabilité. Ils se promettent d’être amis pendant qu’ils travaillent à remettre l’entreprise à flot, mais cela ne pourra jamais être suffisant pour Kieran. Les secrets viennent à se répandre et ils doivent prendre des décisions vitales. Kieran réalise alors deux choses, il est de retour chez lui et il veut rester pour toujours avec Jordan.

À présent, il lui reste juste à convaincre Jordan.

Acheter



Extrait


Le Chant De La Pluie



Contes d'un étrange livre de cuisine, numéro hors série


Robbie MacIntyre gère un bureau de poste à Barton Hartshorn, petit village endormi du nord-ouest de Londres. À la mort de sa propriétaire et amie, Maggie Simmons, il apprend avec stupeur qu’il hérite non seulement de son commerce, mais aussi du bâtiment qui l’abrite, l’ancienne gare du village.

Un neveu de Maggie se présente au village, Jason Young, jeune auteur américain. Robbie s’inquiète de son attirance pour un homme qui risque de contester ses droits sur sa maison. Mais alors, il reçoit une boîte pleine de secrets émanant du passé.

Avec l’aide de Jason, Robbie tentera de découvrir la recette du bonheur.

Series Contes d'un étrange livre de cuisine

Acheter

Le Coeur du Texas - Disponible


Riley Hayes, le play-boy de la famille Hayes est un jeune homme qui semble tout avoir : argent, une carrière qu’il aime et tout un choix de jolies jeunes femmes. Son père, le PDG de la Hayes Oil, passe les rênes de la société à ses deux fils, mais une exigence particulière est attachée à la part qui revient à Riley : « se marier et rester marié pendant un an à quelqu’un qu’il aime ».

Irrité par la requête, Riley cherche un moyen de faire payer la condition à son père. Faire chanter Jack Campbell pour qu’il l’épouse « par amour » convient parfaitement à son but. Il n’y a aucune mention dans les documents de son père que le mariage doit avoir lieu avec une femme et Jack Campbell est le fils du principal rival de Hayes Senior. C’est donc gagnant-gagnant. 

Riley épouse Jack et brusquement, tout son monde se retrouve sens dessus dessous. Il n’a pas compté sur le fait que Jack Campbell, éleveur tranquille et modeste, est une force de la nature à part entière.

C’est une histoire de meurtre, de tromperies, de lutte pour le pouvoir, de désir et d’amour, de la vie très étendue d’un rancher et de l’existence tourbillonnante d’un play-boy. Mais, à travers tout cela, comme Riley l’apprend au fil des mois, c’est une histoire sur la famille et sur tout ce que ce mot veut dire.

Acheter


Amazon (FR) | Amazon (CA) | Amazon (UK) | Amazon (US) | Kobo | Smashwords | Barnes & Noble  | iTunes

Extrait


CHAPITRE UN

— Asseyez-vous, les garçons, déclara fermement Gerald Hayes, le dos tourné à l’horizon de Dallas, les bras croisés sur la poitrine.

Ils obéirent à sa demande, puisqu’il s’agissait davantage d’un ordre, tous deux s’installant dans les fauteuils en cuir disposés devant le bureau. Ils affichaient des expressions différentes, bien qu’ils soient ses fils.

Jeff était le portrait craché de son père, mesurant un mètre quatre-vingt-quinze, imposant, ne refusant pas d’utiliser des moyens que d’autres pourraient considérer comme sournois ou détournés pour parvenir à ses fins. Il avait conclu de bons marchés pour Hayes Oil, de très bonnes affaires. Sous son contrôle, la compagnie s’était développée en force, grâce à des transactions bien placées et à quelques récompenses sonnantes et trébuchantes, voire discutables, pour les personnes adéquates.

C’était ainsi que Hayes Oil en était arrivée là où elle était aujourd’hui : la deuxième plus grande compagnie pétrolière de Dallas, avec des milliards qui passaient dans leurs coffres tous les ans, avec plus de sept cents personnes travaillant rien qu’au siège social. Jeff était une personne de l’ancien temps, il savait quand faire face, quand reculer, quand acheter. C’était une joie pour le vieil homme de le regarder. Jeff était assis dans son siège, le dos droit. Il était calme, avec un visage pratiquement inexpressif et ses yeux ressemblaient à des morceaux de glace. Il était vêtu d’un costume Armani gris foncé, sans le moindre faux pli, parfaitement accordé à sa chemise blanche éclatante et à sa cravate marron foncé. Ses mains étaient posées sur ses genoux, ses ongles parfaitement manucurés. Il émanait de lui, par vagues palpables une certaine expectative, parfaitement dissimulée cependant. Gerald ne pouvait pas être plus fier de son fils aîné. Jeff incarnait le choix parfait pour faire partie de la nouvelle ère de Hayes Oil, son élève et son succès.

Riley, son second fils, ne faisait que trois centimètres de moins que Jeff, se montrait presque aussi froid et était assis, aussi calmement. Enfin… presque. Lui aussi portait un costume Armani, mais aussi noir que du charbon, avec une chemise en soie noire et sans cravate. Il exsudait la même confiance que son frère aîné, mais avec une subtile différence. C’était la version indomptable de son frère. Son cadet utilisait les mêmes tactiques que sa mère et profitait de l’argent que possédait la famille Hayes, largement plus que ce qui était vraiment nécessaire. Mais il fallait reconnaître que, sous sa direction, le service des recherches et de développement avait prospéré. Gerald était aussi vigilant à l’égard de Riley que de son aîné – mais pour différentes raisons.

Riley prenait des décisions en suivant son cÅ“ur, par un instinct incommensurable, bien trop souvent pour rendre Gerald heureux de laisser Hayes Oil sous son contrôle pendant une période prolongée. Pourtant, Riley méritait une place chez Hayes Oil, après tout, supposa-t-il, quelles que soient ses pensées et ses décisions prises, c’était son héritage également.

Riley paraissait fatigué aujourd’hui et Gerald baissa les yeux sur l’exemplaire du Dallas Morning posé sur son bureau, sachant ce qui se trouvait en page sept, celle des ragots. Et vu la preuve qui se tenait devant lui, cela rendait sa décision plus facile encore.

— Comment va Lisa ? demanda-t-il à Jeff, sur le ton de la conversation, jetant un coup d’Å“il aux photos groupées sur un côté de son bureau – sa famille dont Jeff avec les bras passés autour de sa femme blonde et parfaite, avec ses deux petits-fils qui posaient.

Cela l’emplit de fierté de voir que les générations suivantes déployaient le nom des Hayes. Il regarda la photo de sa plus jeune, Eden, et de Riley, chacun seul sur un cliché, pour des raisons totalement différentes.

En soupirant, il décroisa ses bras, se demandant si ce qu’il était sur le point d’annoncer changerait la face de sa société pour toujours.

***

Jim Bailey était furieux. Il ne pouvait qu’imaginer seulement ce que Riley devait endurer à cette minute précise et il savait que quelqu’un devait y aller et le trouver avant que le second des fils Hayes braque une arme sur la tête de son père. Il avait regardé lorsque Gerald et le fils préféré étaient partis. Le bras du vieil homme était posé sur les épaules de Jeff, pendant qu’ils tenaient une conversation avec leurs têtes rapprochées et cela lui avait meurtri le cÅ“ur. C’était Jim qui avait préparé les documents légaux, Jim qui s’était battu contre l’idée idiote que Haynes Senior proposait. Quelqu’un devait être du côté de Riley dans tout ce fatras, même si cela signifiait que c’était la fin de son mandat chez Hayes Oil et il savait où était Riley. Il prit l’ascenseur et sortit au soixante-cinquième étage, suivit le couloir sombre, jusqu’à la salle des cartes. C’était l’endroit où Riley pouvait toujours être trouvé si le stress induit par sa famille devenait trop lourd, assis, jambes croisées sur le sol, à même ses cartes bien-aimées. Il passait des heures à étudier les documents géologiques, les résultats des statistiques, son instinct conduisant son service à prendre des décisions qui avaient permis de quadrupler la production de Hayes Oil depuis ces deux dernières années. Cela étonnait Jim qu’un si jeune homme, d’à peine vingt-sept ans, ait un tel don. Cela lui rappelait l’ancien temps, lorsque Gerald et Alan retroussaient le bas de leurs pantalons pour localiser de nouvelles réserves de pétrole, juste au feeling.

Jim hésita devant la porte, se blindant pour ce qu’il savait découvrir à l’intérieur. Riley allait, à juste titre, être furieux contre lui pour avoir mis au point les changements juridiques au sein de la société, le concernant. Il considérait Jim comme un ami et, en tant que tel, il avait probablement le droit d’en attendre davantage. Inspirant profondément, il ouvrit la porte pour trouver la grande pièce plongée dans une totale obscurité, la seule lumière provenant de la soirée texane et des lumières de la ville à l’extérieur. Ce n’était pas difficile de localiser Riley. Jim pouvait pratiquement toucher la colère qui irradiait de la silhouette qui se tenait près de la baie vitrée, à moitié dissimulée dans l’ombre. Jim ne dit rien, se contenta de refermer la porte derrière lui et s’appuya contre elle. Il desserra sa cravate et se concentra sur la forme sombre. Riley était enfermé dans le silence, regardant à travers la vitre.

— Vingt-deux pour cent, dit finalement Riley.

Ses mots étaient tranchants et tendus.

Jim pouvait voir son propre reflet dans la même fenêtre, hésitant, perdu, attendant simplement l’explosion. Il avait su. Il l’avait senti dès que les chiffres étaient tombés sur son bureau. Pour l'amour de Dieu, il était l’avocat de la société ! Il faisait partie de ceux qui avaient rédigé les contrats de transfert, celui qui connaissait tous les détails depuis trois jours, bien avant Riley.

Sa colère vis-à-vis de ce que Gerald l’avait forcé à faire se manifestait par un sentiment de culpabilité. Dieu seul savait à quel point il avait voulu dire quelque chose. Chaque fois qu’il avait levé les yeux vers le jeune homme qui travaillait si dur pour cette société, il avait voulu révéler à Riley ce que Gerald projetait de faire. Mais cela n’avait jamais été le bon moment, jamais la bonne raison, et maintenant… maintenant, il allait payer pour sa trahison.

— Riley ?

La mauvaise humeur de Riley explosa.

— Putain ! Moins d’un tiers ! La même chose que ma sÅ“ur !

Il commença à aller et venir, agitant ses mains, sa frustration se reflétant dans chacun de ses mouvements exagérés. Jim fit la grimace parce qu’il savait que le pourcentage qu’Eden avait obtenu n’était pas la raison de la mauvaise humeur de Riley. Il était proche de sa sÅ“ur, il l’aimait, elle et son addiction au shopping, et n’en voulait pas du tout à sa Paris Hilton de sÅ“ur en devenir. Non, le fait était que ce n’était pas juste du tout. Son frère, son bâtard encensé de frère venait juste de se voir remettre quarante-huit pour cent de Hayes Oil, et le contrôle effectif sur la compagnie.

Dans une rafale de mouvements soudains, mais contrôlés, Riley tourna les talons, jeta ce qu’il avait en main à travers la pièce, ratant Jim de quelques centimètres. C’était un lecteur de cartes, un appareil facturé à cinquante mille dollars qui alla s’écraser contre le mur vitré, puis cela commença. Les paroles que Jim avait attendues.

— Il était assis là, dans sa putain de salle du trône, et il m’a tout enlevé pour le donner à Jeff !

C’était très rare qu’il se mette autant en colère et Jim se retourna tandis que Riley allait et venait autour des tables qui les séparaient.

— Et sais-tu pourquoi ?

Il s’arrêta, attrapa le journal qui gisait, bouchonné, formant des angles étranges sur la table à cartes située près de la porte et, d’un seul mouvement, Riley balaya toutes les pages, les envoyant valser au sol, sauf une feuille qu’il garda. Il jeta un coup d’Å“il à l’image qui avait été prise la veille, montrant Riley et Steve à un club, les bras l’un autour de l’autre, Steve affichant son large sourire habituel, Riley paraissant plus sauvage dans son attitude avec des verres remplis de Jack Daniels et de José Cuervo.

— Ceci !

C’était un cliché habituel, une image floue venant des paparazzis qui suivaient Riley, le prince playboy avec une réserve sans fonds d’argent, partout où il allait. Il secoua la tête. Maintenant, Jim se sentait vraiment confus et n’arrivait pas à comprendre quel était le point de vue de Riley. Gerald avait expliqué très clairement que son fils aîné représentait le meilleur choix pour la société, celui qui était versé sur l’aspect commercial, celui avec le cerveau fixé sur les affaires. Il n’avait pas écouté quand Jim avait souligné l’étonnante remontée du service des recherches et du développement, l’augmentation de sites pétrolifères ou la manière dont Riley était engagé auprès de Hayes Oil. Il avait juste hoché la tête, comme s’il ne pouvait pas le croire, ou ne voulait pas le croire.

— La photo ?

Jim n’était pas stupide, le cliché ne montrait pas vraiment Riley sous son meilleur jour. Il y avait le flou qui entourait son sourire et une quantité injustifiée de peau affichée, alors qu’il était à moitié dans et hors du taxi, s’arrêtant manifestement pour poser avec son meilleur ami.

— Il a dit…

Riley marqua une pause, émettant un ricanement.

— … Que l’amitié que j’ai avec Steve est malsaine – malsaine, merde ! Qu’il était préoccupé par l’association de Steve avec les Campbell !

Le nom de Campbell sortit avec rage et dégoût, exactement de la manière dont Gerald Hayes l’aurait prononcé. Jim savait très bien comment il l’aurait dit.

— Oh, et ce n’est pas tout ! Parce que je ne me suis pas trouvé une jument poulinière comme mon putain de frère si parfait, alors bien entendu, je dois être indécis quant à ma sexualité.

Jim grimaça, à la fois à la description de la femme de Jeff en tant que jument poulinière, et à l’ensemble de la déclaration comme quoi il serait confus. Steve Murray, le meilleur ami de Riley depuis le collège, était ouvertement bisexuel, mais Riley, malgré un passé incluant aussi bien des hommes que des femmes, était beaucoup moins défini par une étiquette. Il avait une femme différente chaque nuit, plus jeune, plus âgée, plus riche, plus pauvre, cela n’avait aucune importance, pas plus que pour les hommes avec qui il était en de plus rares occasions, dans des arrière-salles où des toilettes, où qu’ils se trouvent. Quoi qu’il en soit, Riley avait toute une liste d’attente de personnes prêtes à sortir avec lui.

— Il m’a dit que je devrais prendre exemple sur maman et lui.

À nouveau, le ricanement apparut et Jim remarqua combien sa colère plissait son visage habituellement calme.

— Merde ! Comme si ma mère avait trouvé le mari parfait auprès de lui, comme Jeff avec son putain de mariage idéal avec Lisa et sa boisson.

Sa voix s’estompa, le venin contenu dans son ton était dur alors qu’il attaquait les mariages de sa famille la plus proche, basés sur des accords financiers, pour la galerie.

— Riley… commença Jim, pensant que, peut-être, un temps-mort pourrait faire du bien.

— Non, Jim. Non ! l’interrompit Riley, les mains serrées en poings. Tu sais ce qu’il a ajouté ?

Il s’interrompit. Bien sûr que Jim savait ce que Hayes Senior avait dit. Après tout, c’était bien lui qui avait rédigé ce fichu contrat. Riley baissa la tête, son visage révélant sa déception à la trahison de son ami. Jim se mit à prier pour que le jeune homme puisse comprendre que Gerald l’avait forcé à se mettre dans cette position.

— Il a déclaré que si je parvenais à me marier dans les trois prochains mois – si je me trouvais une jument poulinière à mon tour et que si je restais marié pendant un an… alors il me donnerait davantage de parts de Hayes Oil. Ce ne serait pas basé sur le travail que je fais, ni sur le fait que, sans moi, la société serait sans terres à exploiter pour les dix-huit prochains mois, mais uniquement sur un foutu mariage. C'est quoi ce bordel, Jim ? Je veux dire… Nous sommes au XXème siècle, plus au XIXème !

— Je sais, répondit simplement Jim, levant ses mains en guise de défense. J’ai essayé, Riley, j’ai vraiment essayé de le faire revenir sur sa décision. Je suis tellement désolé.

Il savait que sa voix montrait sa fatigue, sa tristesse. Toutes les émotions étaient retenues prisonnières en lui, suite à ce qu’il avait dû faire, surnageaient à la surface, se heurtant à la politesse qu’il devait montrer au monde chaque fois qu’il était au bureau. C’était presque comme si ses paroles trouvaient un écho dans la mauvaise humeur de Riley, aussi brusquement qu’un coup de poignard, et Riley se calma visiblement devant lui. Sa tête était courbée, ses courts cheveux blonds tombant son visage. Il avait l’air plus apaisé, mais Jim connaissait très bien le jeune homme : sa rage grondait clairement juste sous la surface.

— Comment puis-je faire ça, Jim ? Comment vais-je pouvoir montrer à ce salaud qu’il ne peut pas gagner ? Qu’il ne peut pas me forcer à me marier juste pour obtenir ce qui me revient de droit, de toute façon ?

Il leva les yeux vers lui, la lumière faible provenant de l’extérieur dessinant des ombres sur ses pommettes hautes et ses yeux vert-noisette. Sa lèvre inférieure fut prise entre ses dents, et la douleur affichée sur son visage était telle que Jim ne l’avait jamais vue auparavant.

— Je travaille foutrement dur pour cette boîte ! Que puis-je faire de plus ?

— Nous devons trouver quelqu’un avec qui te marier, Riley, une gentille débutante texane qui serait d’accord pour signer un contrat prénuptial, d’accord ? Une personne qui remplira les conditions et puis, quand cette prescription d’une année sera écoulée, tu pourras divorcer tranquillement.

Jim pouvait voir que Riley voulait dire qu’il ne pouvait pas faire ça, qu’aucune femme ayant deux sous de jugeote n’accepterait ces conditions, mais ils savaient tous deux qu’il serait aisé de trouver une mariée. Ils étaient conscients que l’opportunité d’épouser Riley Hayes allait faire sortir toutes les prétendantes possibles des bois, afin de pratiquement supplier d’être celle retenue.

— Je ne peux pas faire ça, dit simplement Riley. Je ne donnerai pas à papa la satisfaction de gagner comme ça.

Jim soupira.

— Cependant, c’est ce que tu feras en ne faisant rien. Pour lui, c’est une situation gagnant-gagnant. Admets-le, tu le laisses gagner, que tu te maries ou que tu refuses de le faire. Quoi qu’il en soit, Riley, tu es baisé. 


CHAPITRE DEUX


Steve grimpa par-dessus les longues jambes de Riley pour s’installer dans le coin. Son visage était plissé d’inquiétude. Encore une fois, Riley avait tellement bu ce soir qu’il était pratiquement inconscient. Son ami lui avait révélé toute cette histoire désolante, terminant par le fait qu’il savait que sa propre orientation sexuelle plutôt fluide avait été mise en jeu, ainsi que son amitié moins appréciée avec Elizabeth Campbell. Il était désolé. Il l’avait même répété à l'envi à un Riley tellement ivre qu’il était sur le point de rouler sous la table, mais se l’était vu verbalement renvoyé en pleine face. Puis ils s’étaient étreints jusqu’à ce qu’il ne puisse plus respirer, avec des promesses muettes d’amitié éternelle induites par les vapeurs de whisky. Donc, ils en étaient là ce soir. Avec encore un jour de plus ajouté à la liste de ceux où Riley n’irait pas à la monstruosité qu’était la société Hayes Oil. Un jour de plus où l’alcool l’avait poussé jusqu’à l’inconscience en compagnie de Steve. Celui-ci avait atteint la limite de ce qu’il pouvait supporter voir son meilleur ami traverser.

— J’t’ai vu dans l’parking, marmonna Riley, les yeux à moitié fermés par la fatigue et le whisky, ses mains fermement agrippées sur le bras de Steve.

Celui-ci cligna lentement des yeux, ne sachant pas d’où cela venait, mais pratiquement certain que cela allait aboutir à une séance d’autoapitoiement.

— Avec cette fille Campbell.

Riley semblait fier de lui-même d’avoir réussi à prononcer ces quelques mots correctement et il sourit. Mais le sourire n’atteignait pas ses yeux flous et épuisés.

— Beth est mon amie, déclara Steve.

C’était le moyen le plus facile de désamorcer les commentaires agacés qu’il ferait à propos de la querelle entre son père et les Campbell.

— C’est une Campbell, bredouilla Riley, faisant un signe de tête pour accentuer ses mots, déversant la moitié de son verre sur son jean et avalant le reste en une seule gorgée.

Steve soupira. Ainsi, cette soirée allait être placée sous l’éternelle question de « pourquoi ma famille doit-elle haïr les Campbell » ? Au lieu de ça, il fut surpris quand soudain, Riley releva la tête, avec une lueur enflammée dans les yeux.

— C’est ça ! Je vais épouser Beth Campbell.

Steve sentit son estomac se retourner aux mots jetés au hasard. Riley et Beth ?

— Riley, mec, Beth vient tout juste d’avoir vingt ans.

Son ami eut l’air momentanément perdu, clignant des yeux à plusieurs reprises.

— Je vais épouser Josh, alors, déclara-t-il prudemment.

— Josh est déjà marié.

Steve devina où cela allait aboutir. Ce qui ne laissait plus que…

— Jack, murmura Riley entre ses dents. Ça les emmerdera tous ! Il est gay. J… Jack…

Steve écarta précautionneusement les doigts de Riley de son bras, ouvrit son téléphone portable et appela un taxi. Quand son ami commençait à débiter des stupidités comme ça, c’était signe qu’il était grand temps de le ramener à la maison.

***

Riley grimaça alors que Jim le fixait avec une expression horrifiée.

— Es-tu certain que ce soit même valide ? demanda son ami.

— N’est-ce pas ton travail de le découvrir, Monsieur le Représentant Légal ? rétorqua simplement Riley. J’ai cherché sur Wikipedia.

Jim ricana, indiquant clairement, de manière succincte, ce qu’il pensait de Wikipedia en tant que source de renseignements.

— Tu as fait tes recherches, très bien, mais j’ai également fait les miennes et s’il y a une chose que je sais, si l’on en croit ce qui est indiqué, c’est que les Campbell sont dans une sacrée merde depuis le décès d’Alan.

— Riley…

Apparemment, Jim voulait arrêter la tournure particulière que prenait cette discussion. Riley n’allait pas le laisser faire.

— Jim, cela pourrait être une situation gagnant-gagnant pour les Campbell comme pour moi.

— Riley…

— Tu es avec papa depuis ma naissance. Tu dois savoir tout ce qu’il y a à connaître sur les Campbell et cette querelle qu’il y a entre eux. Parle-moi.

C’était une supplication, plutôt qu’un ordre, mais Riley put tout de même voir Jim flancher. Affichant son expression la plus honnête sur son visage, il ajouta les mots qui lui garantissaient d’obtenir de n’importe qui de céder à sa demande.

— S’il te plaît ?

— Bordel !

Jim se frotta les mains sur le visage.

— Ils avaient de l’argent pour commencer. Au début de la société pétrolière. Alan et ton père formaient une sacrée bonne équipe, à cette époque. Après la scission… Eh bien, Alan a toujours eu des rêves et des projets et a entraîné toute sa famille avec une idée ou une autre pour se faire de l’argent. Puis il y a eu le procès contre ton père – où il a essayé de prouver qu’il méritait une partie des bénéfices de Hayes Oil. Grâce à une combinaison de dettes de jeux et d’affaires louches, Alan Campbell a réussi à perdre tout ce qui lui restait, une fois que les avocats ont prélevé leurs honoraires. Il aimait vivre vite et en a payé le prix. Tu connais l’histoire. Il est mort alors que ses enfants étaient encore jeunes. Un idiot ivre a projeté sa voiture contre un poteau télégraphique. Jack était sur le point de terminer le lycée, Josh était absent, étudiant le droit à Berkeley et la petite fille n’arrêtait pas d’entrer et de sortir de l’hôpital, tellement elle était malade. Elle devait être en maternelle à cette époque, enfin, je suppose.

Jim se dirigea vers la fenêtre et regarda à l’extérieur. Riley attendit patiemment, se demandant si, peut-être, il ne voyait pas vraiment les imposants blocs de bureau du centre-ville de Dallas, mais était plutôt perdu dans des souvenirs lointains.

— Beth est née prématurément, un bébé tardif. Elle a un défaut cardiovasculaire congénital.

Il n’avait pas besoin de dire à Riley quel était le montant des factures de l’hôpital une fois que les assurances étaient passées.

— Cela a dû coûter une fortune d’inscrire Josh dans cette école de droit et de l’y maintenir. Alan n’a pas laissé de testament. Juste des dettes d’un kilomètre de long. Le ranch est hypothéqué jusqu’à plus soif… il l’est toujours. Donc Donna a continué en vendant le meilleur de ses possessions.

— Des actions ?

— Des chevaux. Elle possède le ranch Double D. Elle l’a hérité de son père. C’est de là que vient son nom… Derek Campbell et son seul enfant, Donna. Derek possédait les meilleures pouliches reproductives de l’État, ainsi que quelques-uns des plus beaux étalons. Il les entraînait également. Il a gagné différents prix. Il a procédé à des croisements qui ne lui ont pratiquement rien coûté, mais qui lui ont rapporté beaucoup. Il pouvait s’approcher suffisamment d’un bouvillon pour l’embrasser sur le museau.

Il secoua la tête.

— Donna les a vendus. C’est ce qui a permis de maintenir Josh dans cette université et de payer les opérations de la jeune Beth. Mais Jack a reformé un haras. La dernière fois que j’ai entendu parler de cette famille, il élevait de très bonnes pouliches et entraînait quelques chevaux pour leurs propriétaires.

— Comment peuvent-ils encore posséder ce ranch ? se demanda Riley à voix haute.

Un souvenir remuait la douleur enrobée de boue qui traversa son cerveau. Il plissa les yeux, essayant de se concentrer dessus.

— Je trouve ça difficile à croire qu’Alan ne s’en soit pas servi comme garantie pour les prêts.

— Il ne pouvait pas. Si je me souviens bien, l’intégralité des huit cents acres de terre appartient en propre à Donna. Elle a souscrit les hypothèques, mais Alan ne pouvait pas y toucher. Je suppose que Derek avait pris des dispositions inattaquables à l’encontre de son gendre afin de s’assurer que son héritage reviendrait à sa fille et à ses petits-enfants.

— Inattaquables. Ouais. C’est ce dont j’ai besoin.

Une conversation d’ivrogne, murmurée confidentiellement et cela pourrait lui servir de levier, en cas de besoin, si jamais Jack Campbell refusait de jouer son jeu. Son estomac se retourna.

— Trouve-moi tout ce que tu peux sur les Campbell et sur le ranch. Puis rédige un contrat de mariage, et nous téléphonerons pour mettre en place une réunion, afin d’amener les Campbell ici pour…

La voix de Riley s’estompa. Il déglutit, se mettant debout afin de regarder par la fenêtre de son bureau, sa tête rendue épaisse par sa gueule de bois, trouvant difficile d’aligner des phrases compréhensibles, avec le tonnerre qui tambourinait dans sa tête, induit par le whisky.

— Pour proposer un mariage entre deux personnes de même sexe qui ne sera probablement même pas légal ? offrit Jim, toujours serviable.

Riley fit une grimace. Quand Jim en parlait ainsi, ça sonnait plutôt mal.

— Ouais, dit-il, un peu incertain, tordant une main dans l’autre, avant de les laisser tomber et de dresser ses épaules, soudain tout à fait sûr de lui.

— Si ton père découvre que j’ai quelque chose à voir avec toi et cette idée stupide…

Jim grinça des dents tandis que Riley se dressait de toute sa hauteur et se penchait vers son vieil ami.

— Je vais obtenir ma part et je vais baiser mon père. Je vais faire venir Jack Campbell ici et je vais obtenir de lui qu’il accepte de m’épouser.




Journal Du Sanctuaire Un - Disponible dès maintenant





Lorsque Jake était enfant, la cabane représentait une maison pour sa famille lors d’occasions spéciales, et avec le troisième anniversaire de la mort de son père qui approche, il s’arrange pour que Kayden, Beckett et lui-même se retrouvent là-bas quelques jours avant Noël. Quand une tempête de neige surgit, signifiant que Kayden restera bloqué à New York avec Beckett, Jake se retrouve à la maisonnette tout seul.

Sean est pourchassé et le seul endroit où il peut se réfugier est mentionné quelque part dans un ancien journal – le chalet original appartenant au Sanctuaire. Il n’a plus d’activité officielle, mais c’est un bon endroit pour guérir et faire le bilan sur tout ce qui s’est mis à partir en vrille dans sa vie.

Aucun des deux hommes n’est prêt à se retrouver coincé ensemble pendant toute une semaine ni pour les secrets qui menacent de les faire tuer tous les deux.



Acheter


Amazon (FR) | Amazon (CA) | Amazon (UK) | Amazon (US) | Kobo | Smashwords | Barnes & Noble | iTunes

Extrait



CHAPITRE UN 


Se dirigeant ver le nord, par l’autoroute I-87, cela laissait amplement le temps à Jake de réfléchir. Son esprit se tourna vers ses dossiers, l’allocation de ses ressources, sa famille et le Sanctuaire. Le paysage à l’extérieur de la voiture, un flou de vert et de gris béton, se transformait d’un kilomètre à l’autre et dans sa tête, il cocha tout ce sur quoi il avait besoin se cogiter. Maria ferait un bon Ops, elle devrait être mutée dans ce service. Manny et Josh devaient travailler sur la prochaine étape de l’affaire Bullen, Joseph avait livré un message aux Ops pour Dale, l’avertissant qu’il rentrait à la maison, et bon sang, Beckett devait sérieusement s’entraîner s’il voulait un jour travailler avec Kayden.

— La Terre appelle Jake.

Quand on parle du loup, on en voit la queue. 

La voix gaie de Kayden résonna dans son oreille, interrompant son instant de paix.

— Hey, répondit Jake.

Indiquant qu’il allait déboiter pour doubler un camion trop lent, transportant des troncs d’arbres, il se concentra ensuite pour reprendre sa voie.

— Bonne ou mauvaise nouvelle, frangin ? demanda Kayden.

Jake put sentir son cœur se serrer. Il avait vu les prévisions météorologiques avant de partir, il savait quel serait le contenu des mauvaises nouvelles.

— Annonce-moi la couleur, d’un seul coup, fit-il, en soupirant.

— Nous sommes bloqués ici.

Kayden et Beckett se trouvaient à New York, et le verglas précédait une chute de neige annoncée de vingt-cinq centimètres, susceptible de causer le chaos, même dans une ville qui était habituée à la substance blanche.

— Je ne risque donc pas de te voir de sitôt.

— Ce n’est pas le problème, répondit Jake.

Ce n’était pas la première fois que le sale temps hivernal annulait une visite au chalet et ce ne serait pas la dernière.

— Je ne veux pas que tu conduises, même s’ils annoncent que les routes sont de nouveau ouvertes à la circulation.

— La tempête de neige est en train de te suivre vers le Nord, Jake. Tu devrais peut-être réfléchir et envisager de t’arrêter au prochain Motel 6 que tu croiseras. Offre-toi un peu de luxe.

Jake ricana à la mention de l’infâme Motel 6. Il n’y avait pas moyen qu’il s’arrête à un de ces établissements, pas après l’incident d’il y a plusieurs années, avec les cafards. Quoi qu’il en soit, il n’avait pas besoin de faire une pause. Ni du GPS pour savoir exactement où il était.

— Je suis à seulement seize kilomètres de la déviation.

— Bon sang, tu as déjà atteint les montagnes ?

Kayden paraissait surpris, mais le voyage jusqu’à présent, s’était bien déroulé. Un arrêt pour boire un café et se laisser aller à sa faiblesse pour le chocolat, et il avait fait une bonne moyenne.

— Je suppose que tu ne seras pas là demain, alors ?

— Désolé, Jake. Tous nos bagages sont prêts, mais il n’y a pas moyen que nous puissions sortir aujourd’hui ou demain. Nous essaierons le 23.

— Ne t’inquiète pas à propos de ça, K, il y aura un embouteillage monstrueux sur les routes pour sortir de la ville. Reste où tu es, et passe Noël à New York, avec Beckett.

Il jeta un coup d’Å“il dans son rétroviseur et s’aperçut que le gros nuage menaçant, annonciateur de neige, était vraiment proche.

— On dirait que la neige me conduit directement au chalet.

Il se mit à rire bien qu’il n’y ait pas la moindre trace d’humour.

Il avait souvent neigé au chalet auparavant. Beaucoup de Noëls en famille s’étaient déroulés ici, coincés par la poudreuse, sans aucun moyen de redescendre de la montagne. C’était juste que… c’était le troisième Noël seulement depuis que son père était décédé et il avait égoïstement souhaité avoir Kayden – et par extension, Beckett – auprès de lui. Avoir son frère ici aurait permis de cimenter les souvenirs qu’il avait de ses parents, Max et Emma, et d’eux deux, avant que tout se termine si tragiquement. Sa mère et son père étaient morts dans un accident d’avion dans ces montagnes, trois ans auparavant, mettant brusquement fin à tout, comme seule la mort pouvait le faire.

— J’ai une bonne nouvelle cependant, reprit rapidement Kayden.

Ses douces paroles percèrent ses souvenirs de temps plus heureux.

— Il y a une bonne nouvelle ?

— Manny a passé en revue l’affaire du Sénateur Bullen, et a pu décrypter plus d’informations sur les fichiers encodés.

— Qu’a-t-il découvert ?

Jake ralentit sur l’autoroute, afin de prendre la bretelle de sortie, légèrement recouverte d’une fine couche de neige et de verglas qui s’était accumulée sur l’ancienne route. Le SUV tout-terrain survola la chaussée glissante et inégale. La neige commença à tomber autour de lui, légère, douce et magnifique, chaque cristal descendant selon un parcours aléatoire, poussé une petite bise. Bien sûr, cela ne resterait pas immaculé, mais lorsque la neige tombait, c’était hypnotisant.

— Il y a des dossiers mentionnant le FBI : des listes de surveillances, des connexions, toutes sortes de choses, poursuivit Kayden.

L’affaire Bullen était terminée pour le Sanctuaire, avec l’arrestation du Sénateur Bullen et de son frère, Alastair. Enfin, officiellement, le cas était clos. En fait, Jake avait donné carte blanche à toutes enquêtes complémentaires menées par ses agents afin de pirater les dossiers et de suivre les pistes ainsi découvertes. Il n’était pas le seul qui n’était pas satisfait par la manière dont le dossier était resté en suspens. De trop nombreux liens menant à des parties encore nébuleuses étaient impliqués. Et pas des moindres : le FBI et Sean Hanson.

Seigneur ! Chaque fois qu’il songeait à ce que Sean avait fait, doublant le FBI et le Sanctuaire, travaillant avec la famille Bullen, un sentiment d’amertume grandissait en lui, menaçant de faire exploser sa mauvaise humeur. Le putain de salaud avait travaillé en tant qu’agent de liaison entre le FBI et le Sanctuaire, et avait fini par vendre les deux. Pour quoi ? De l’argent ? Manny n’avait trouvé aucune piste indiquant que de l’argent avait été échangé et remontait jusqu’à Sean, et pourtant, ce n’était pas faute d’avoir essayé de découvrir quelque chose. N’importe quoi.

— Tu penses à Sean, n’est-ce pas ? commenta Kayden avec son étrange don de perception quant à ce qui tourbillonnait dans la tête de Jake, et ce, à n’importe quel moment.

Il était peut-être son frère adoptif, mais Kayden avait toujours eu une étrange connexion avec les pensées de Jake.

— Non, mentit-il.

— Menteur. Manny a reçu une info le concernant, venant d’Albany, mais il n’a pu creuser plus loin que la notification qu’il a reçue, comme quoi Sean avait eu accès à des comptes bancaires. Oh, et il a utilisé un logiciel spécial pour suivre la piste de l’argent de Sean, et ça ne semble pas bon. Il y a eu des dépôts réguliers, provenant de deux sources différentes, dont une que nous pouvons directement relier aux Bullen.

Chaque once d’espoir minuscule que Jake avait encore, comme quoi Sean pouvait se racheter, mourut en cet instant. Donc, Sean avait bien été payé pour divulguer des informations. Il avait également disparu, lors d’un détournement de transfert de prisonnier. Il avait littéralement disparu de la surface de la Terre, allant Dieu seul savait où. Bon sang, il était vraiment doué dans son travail, il avait même contourné le système de sécurité mis en place par Manny, réputé infaillible. Jake se concentra sur la route, le temps de bifurquer, puis il prit à gauche, le chemin qui le conduirait plus haut sur la montagne.

— Sean est toujours une personne digne d’intérêt, confirma Jake.

Comme si Kayden, Manny ou n’importe qui d’autre au Sanctuaire risquait de penser autrement. Le bâtard était devenu ami avec tout le monde, les croisant en tant qu’agent du FBI avec un sourire qui illuminait la pièce et un cerveau qui ne s’arrêtait jamais de tourner. Il était entré dans la vie de Jake et l’avait totalement retournée, avant de trahir chacun d’eux sans même leur accorder une seconde pensée. Pourquoi songer à un monde tout en noir et blanc faisait-il tellement mal ?

— Ça va aller pour toi, là-haut, tout seul ? demanda Kayden.

Il s’éloignait évidemment du sujet concernant Sean, pour se concentrer sur Jake, qui était plus que satisfait de la situation.

— Il y aura plus de nourriture que je n’en aurai besoin, un générateur avec du combustible pour un mois, des livres, internet, la salle de communications pour travailler, la télévision, une salle de bain digne d’un spa, et une douche brûlante. Je ferai avec.

Kayden grogna. Le chalet était peut-être vieux, mais luxueux et relaxant.

— Tu veux bien me promettre une chose, Jake ?

Super. Kayden utilisait sa voix voulant dire « je suis ton frère, je t’aime et je m’inquiète pour toi ».

— Quoi ? demanda Jake.

Il savait exactement ce que Kayden allait dire et il avait déjà relevé ses défenses. Kayden allait entamer son éternel refrain comme quoi il ne devrait pas travailler, mais dormir, manger sainement, et toutes les autres conneries dont il lui rabâchait les oreilles quand il était inquiet. Il détestait quand Kayden endossait son rôle de médecin.

— Essaie au moins de ne pas travailler une heure par jour ?

Jake était un peu effrayé par son ton doux. Kayden et lui étaient proches, mais en général, son frère était plus arrogant que suppliant. Manifestement, Beckett avait un effet adoucissant sur lui.

— Je le ferai.

Il pouvait aisément le lui promettre. Après tout, il devait bien dormir de temps en temps. Et tous ses rêves ne tournaient pas autour du Sanctuaire. Certains d’entre eux, ceux qu’il prétendait ne pas faire, concernaient Sean.

Il raccrocha et Jake guida son SUV vers le dernier kilomètre jusqu’au chalet, dépassant les terrains de camping pour touristes. Vides et recouverts de poudreuse, leur apparence, en général boueuse, était adoucie par la couverture blanche, qui les faisait paraître presque beaux. Il tourna vers le chemin privé, et à environ cinq cents mètres de la piste, il s’arrêta. Un arbre gisait en travers de la route, et il sourit aux souvenirs qui remontaient à sa mémoire. Cet arbre en particulier menaçait de tomber depuis une éternité, en fait, son père promettait chaque année que Kayden et lui devraient sortir pour le couper. Souriant affectueusement au tronc abattu, il se promit de revenir avec la scie électrique pour transporter le bois jusqu’au chalet. Bien entendu, cela n’arriverait pas tout de suite, car il devait marcher sur près d’un kilomètre, jusqu’au chalet lui-même, avec la neige qui commençait à devenir de plus en plus dense.

Garant le 4x4 sur le bas-côté de la route, pour laisser la place à Kayden si jamais il réussissait à grimper jusqu’ici, et avec les souvenirs de son père et des Noëls passés le réchauffant, il hissa son sac à dos et sortit son autre bagage. Aucun des deux n’était trop lourd, contenant juste des livres, une Kindle, un ordinateur portable, et quelques vêtements. Ce chalet était comme une maison loin de chez soi, et contenait des placards remplis de tenues adaptées à la vie rustique en montagne à l’époque de Noël. Effectuer à pied la courte distance dans l’air frais des montagnes, c’était comme entrer sous une douche glacée. Chaque cellule du corps de Jake était vivante, étincelait pour lui donner chaud, alors que son souffle formait de petits nuages lorsqu’il exhalait.

Il était tombé suffisamment de neige pour rendre le chemin crissant sous ses pieds, mais pas assez pour masquer la route ou les repères dont Jake se souvenait suite à toutes ses visites précédentes… Le grand sapin que Kayden avait voulu comme arbre de Noël quand il était venu pour la première fois, avec la famille, avant de décider qu’il serait « son » arbre et qu’il devait le laisser grandir ; l’éperon rocheux recouvert d’arbustes et de neige où ils s’asseyaient et discutaient lorsqu’ils étaient enfants. Où Jake avait appris ce qu’avait été la vie de Kayden avant qu’il soit rapatrié au complexe que son père avait créé. Où ils avaient discuté du décès du père de Kayden, de ses espoirs et de ses rêves et où Jake avait réalisé que le jeune homme qu’il en était avenu à appeler frère était une sorte de super-cerveau qui pouvait répondre à des questions portant sur des calculs compliqués et sur la biologie sans même les avoir étudiés.

La dernière partie du voyage grimpait plus fort et finalement, Jake arriva au coin de la propriété. Il s’arrêta de marcher pendant une seconde alors que la beauté du lieu lui coupait le souffle. Le chalet était exactement tel qu’il s’en souvenait, depuis sa dernière visite d’avril. Bas et étendu sur un seul niveau, il était bâti à l’arrière d’un hectare de terre ouverte, avec une grande pâture sur le devant. Entouré d’une clôture recouverte d’une fine couche de neige, il était époustouflant. Avec un sourire à la pensée du sentiment de paix qui l’attendait à l’intérieur, il termina sa marche et entra le code d’accès sur un clavier.

Après avoir déblayé la fine couche de neige de ses bottes, il referma la porte derrière lui et haussa les épaules pour faire glisser son sac à dos et sa veste. La vague de chaleur qui lui arriva en plein visage lui fit adresser un remerciement mental aux O’Brien qui possédait le chalet à proximité, à environ cinq kilomètres de là. On leur avait confié depuis longtemps les secrets du Sanctuaire et ils gardaient un Å“il, lorsque personne n’était là, sur le chalet qui avait été utilisé autrefois en tant que Sanctuaire Un. Bien entendu, l’endroit ne servait plus de maison sécurisée à présent, et avait cessé depuis longtemps d’être utile pour cacher ou protéger n’importe qui. Les systèmes intérieurs étaient tous à la pointe de la technologie, par définition, ils étaient améliorés dès que tous les autres chalets l’étaient. Mais l’endroit était situé à proximité d’un des nouveaux sentiers de randonnée extrême et, en tant que tel, avait été transmis au père de Jake, et leur appartenait maintenant à Kayden et lui.

Jake tourna tout de suite à droite, après le salon, puis suivit un couloir afin de jeter ses sacs sur le bout de son lit. S’étirant de toute sa taille, il tenta de se décourager de conduire et de ressortir dans le froid. Puis, alors qu’un café brûlant le réchauffait de l’intérieur, il se laissa glisser sur une chaise, devant deux écrans d’ordinateur, dans la petite salle des communications. Une fois connecté, il passa ses e-mails en revue. Manny filtrait ses messages, ne lui transmettant que ceux qu’il jugeait importants. Il y avait une invitation pour une collecte de fonds en mars, parfaitement adaptée au millionnaire Callahan. Il détestait y assister, mais cela lui permettait de nouer des contacts utiles, suffisamment pour que ces soirées ne soient jamais une totale perte de temps. Après avoir ajouté la date à son agenda, il jeta un coup d’Å“il aux deux autres mails. Un concernait une demande d’engagement d’un nouvel agent, et l’autre contenait une plaisanterie qui avait été expédiée par Manny lui-même.

Se connectant directement avec Manny, il sourit quand il vit son bras droit apparaître à l’écran.

— Tu es en vacances, le réprimanda Manny.

Il affichait une expression sévère, mais il y avait un sourire dans ses yeux.

— Kayden a dit que tu avais des informations pour nous ?

— Eh bien, bonjour à toi aussi, répliqua Manny.

Il secouait la tête tout en parlant.

— Bonjour, Manny. Comment vas-tu ? Et Josh ? Et quelles informations as-tu pour moi ?

Manny sourit largement.

— Josh, ça va, nous allons très bien.

Ils avaient disparu dans une maison sécurisée au Canada après l’arrestation du Sénateur Bullen. Trop de gens voulaient utiliser Josh comme d’un pion pour que son père revienne sur son témoignage. Jusqu’à ce que les Bullen soient tous les deux hors de service, c’était là où ils résidaient. Manny lui manquait, ainsi que son humeur changeante. Manny incarnait vraiment la meilleure partie de lui-même. Il était le seul à pouvoir le calmer, à organiser sa vie, à lui dire comment allaient les choses.

— Donc, quoi qu’il en soit, poursuivit Manny, il s’avère qu’il y a un tout autre niveau de connexions que nous avions manquées jusqu’à présent, y compris une sorte de lien entre le FBI et les Bullen. Il n’y a que quelques notes, des fichiers effacés que je tente de récupérer, mais soyons francs, les Bullen n’ont pas seulement implanté quelqu’un au sein du Sanctuaire, ils ont utilisé la même personne au FBI.

— Tu peux relier Sean à tout ça ?

Jake sentit son estomac se retourner. Il avait tellement voulu croire en Sean. Désormais, il semblait qu’il ne planait plus le moindre doute et Sean Hanson était un traître.

— Non. Rien d’explicite, mais je travaille dessus.

— Bien.

Jake envisagea d’ajouter le même avertissement que Kayden lui avait donné au sujet de prendre une heure de congé par jour à Manny, mais il y réfléchit à deux fois. Si vous découpiez Manny en deux, vous trouveriez « Sanctuaire » estampillé au milieu. Il était aussi impliqué que Jake l’était. Du moins, Manny avait une autre vie désormais. Bien qu’exilé loin du Sanctuaire principal, il était avec le gars qui avait volé son cÅ“ur et il était parti de son plein gré. Un jour, ils pourraient rentrer à la maison, mais pas jusqu’à ce que Manny soit certain que Josh soit en sécurité. Comme Morgan, Josh Headley serait toujours une cible pour une famille qu’ils avaient contribué à détruire.

— Tu as reçu un e-mail d’Owen Reynolds, mais il est arrivé sur une adresse banalisée, je te le transmets maintenant avec les pièces jointes.

Owen ? Il n’avait plus entendu parler de lui depuis… Bordel, il ne parvenait même pas à s’en souvenir. Mars peut-être ? L’ami le plus intime de son père, ancien du FBI, membre des opérations spéciales et conseiller quand Max avait évoqué pour la première fois l’idée du Sanctuaire, et il avait été absent du pays plus souvent qu’à son tour. Jake vit trois e-mails arriver. Le contenu était un « Joyeux Noël » général avec une photo jointe d’Owen, de sa femme Martha et de leurs chiens – trois énormes Grands Danois, aussi hauts que des poneys.

— Je l’ai reçu.

— Il n’y a rien d’autre pour l’instant. Tout est calme, en dehors des protections habituelles.

— Combien avons-nous de missions durant Noël ?

— Tu n’as pas besoin de…

— Manny, fais juste ton rapport, comme d’habitude. S’il te plaît.

Jake ajouta le « s’il te plaît » pour adoucir son ordre. Manny surveillait tout pour lui, mais il n’avait pas l’intention de disparaître pour une semaine ou plus. Il voulait être tenu informé et travailler sur des dossiers dont il n’avait habituellement pas le temps de s’occuper lorsqu’il était au bureau.

— Nous avons sept cas actifs qui devraient aller au-delà de Noël. Dont un concerne une famille avec deux enfants en bas âge.

— As-tu organisé…

— Oui, le Père Noël fera sa visite, comme d’habitude.

Manny sourit largement. Jake se retrouva à sourire aussi stupidement que Manny. Ils essayaient d’agir aussi normalement que possible dès que de jeunes enfants étaient concernés par le service de protection des témoins, une tradition entamée lorsqu’ils avaient eu leur première affaire impliquant des enfants, après que Jake ait repris la direction du Sanctuaire.

— Les six autres concernent des adultes célibataires, poursuivit Manny. Les agents libérés sont Dale et Michaela, donc nous sommes couverts en cas d’urgence, bien que cette neige risque de nous gêner grandement. Dale s’occupe de refermer certaines parties du dossier Bullen avec moi.

Manny coupa la communication, non sans un dernier avertissement, comme quoi Jake devait plonger son cul dans le jacuzzi pour se détendre avec un « D » majuscule. Jake envoya une rapide réponse à Owen pour lui faire savoir qu’il avait bien reçu son message. Il ajouta qu’il lui enverrait davantage d’informations plus tard. Owen avait toujours été appelé « Oncle Owen » par son frère et lui, et ne pas être restés en contact était vraiment stupide. Owen et son père, Max, avaient été aussi proches que des frères.

Jake s’adossa à son fauteuil, fixant l’écran noir après avoir envoyé son message rapide. Les premières heures de solitude passées dans le chalet étaient toujours les plus difficiles. Il ressentit un pincement de culpabilité le heurter à l’idée qu’il ne travaillait pas et une démangeaison le titillait, lui disant qu’il devrait faire quelque chose, n’importe quoi, au lieu de rester assis, à regarder son reflet sur l’écran noir. Il n’avait pas pris un seul jour de congé de tout le reste de l’année, mais sa famille venait à ce qui avait été autrefois le Sanctuaire Un chaque Noël. Et l’horloge interne de son corps exigeait cet arrêt annuel. Kayden disait qu’il avait l’air fatigué, épuisé même, mais Jake savait que c’était à cause de son travail et de toute autre chose également.

Cela avait vraiment été une année d’enfer et il ignorait par où commencer d’analyser les raisons de sa fatigue. Le Sanctuaire faisait trois fois la taille qu’il avait lors de sa dernière visite de décembre dernier. Cas après cas, il avait plongé dedans, ainsi que de plus en plus d’agents dont Jake se sentait personnellement responsable. Il aimait son travail, adorait ce qu’il faisait, mais était fatigué pour le moment. Fatigué et, s’il devait être honnête, il avait mal au cÅ“ur. Et ce n’était pas le hic. Mal au cÅ“ur. Putain de Sean et ses yeux gris argenté qui lui avaient promis que Jake pouvait lui faire confiance. Il avait vu Nik trouver Morgan, Manny rencontrer et tomber amoureux de Josh, Dale se mettre avec son Seal, en la personne de Joseph. Bordel, même son propre frère avait quelqu’un qui était l’autre moitié de lui. Cela pouvait arriver et, pendant quelques semaines lumineuses, Jake avait vraiment cru qu’il avait également une personne avec qui il pourrait passer du bon temps.

Son attirance et son désir s’étaient transformés en haine et en culpabilité et le sentiment accablant d’être totalement submergé par la tromperie de Sean. Même maintenant, malgré le fait qu’il détestait cet homme, il pouvait se souvenir de son goût, de la sensation de son corps dans ses bras. Ils avaient dansé l’un autour de l’autre comme des combattants sur un champ de bataille, flirtant et s’embrassant, et Jake était tombé à moitié amoureux de la possibilité de ce qu’il pourrait avoir auprès de Sean. Ils avaient déployé des stratégies pour garder cette information pour eux, luttant contre leur besoin instinctif de se toucher. Si Sean n’avait pas reculé, ils seraient devenus amants. Seigneur, imaginez les retombées ! Jake n’était pas seulement épuisé après une année très occupée à la tête d’une entreprise comme le Sanctuaire. Il était fatigué, en colère, troublé, triste et il venait d’atteindre le bout de la corde.

C’était aussi bien qu’il reste dans les montagnes, à lécher ses blessures, et c’était probablement une très bonne chose que Kayden et Beckett ne puissent pas venir non plus. Il jeta un coup d’Å“il aux cadeaux qu’il avait enveloppés pour son frère et Beckett, et tout à coup, un stupide sentiment de solitude l’envahit. Le papier argenté lui rappelait les yeux de Sean. Bordel !

Il avait besoin de plus de café.


CHAPITRE DEUX 


Sean Hanson était baisé.

Il n’y avait pas moyen que cette saloperie de Toyota puisse contourner l’énorme camion chargé de troncs d’arbres qui lui barrait la route. Il avait pris le premier véhicule dont il avait pu trouver les clefs et c’était celle du secrétaire du Sénateur. Une sacrée merde. Des balles perforèrent la carrosserie et il tressaillit à l’arrivée d’une camionnette qui déboula à la dernière minute, pour éviter de se jeter entre les arbres. Ce n’était pas la première fois depuis son départ de New York qu’il maudissait le fait qu’il se soit replongé dans ce foutu journal. Les putains de fantômes dans sa tête l’avaient attendri et maintenant il se retrouvait poursuivi sur cette autoroute I-87 par des gars avec des armes et des nuages qui déversaient des flocons de neige comme s’ils voulaient tous sortir le même jour. Une balle s’enfonça dans sa portière alors que la route tournait sur la gauche et Sean grimaça. La neige permettait d’égaliser ses chances entre leur grosse voiture et sa petite épave de métal fatiguée, mais ils avaient tout de même encore l’avantage. Selon son GPS, il lui restait environ trente kilomètres ou plus à faire avant de prendre la déviation de l’autoroute. À partir de là, il savait qu’il avait d’autres routes à traverser avant d’atteindre les montagnes.

Une soudaine douleur le frappa alors qu’il doublait un conducteur dans une Chevy qui n’avait certainement jamais vu de neige auparavant. Elle provenait d’une torsion dans sa poitrine alors qu’il se penchait pour manÅ“uvrer. On lui avait tiré dessus et une balle avait dessiné un beau point d’entrée et de sortie dans son épaule droite. Ça faisait un mal de chien !

Son portable bipa pour indiquer que le transfert du premier dossier était terminé et son niveau d’anxiété s’abaissa légèrement.

— Avez-vous tout reçu ? demanda-t-il brusquement.

— Toute la première partie, le téléchargement de la seconde n’a pas encore dépassé les soixante-sept pour cent. Nous travaillons dessus, de notre côté, répondit Owen Reynolds. Où êtes-vous maintenant ?

Sean tenta de repousser la ruée d’adrénaline et essaya de se concentrer sur ce qu’on lui demandait. Sa foutue montre avait été écrasée donc il n’y avait pas moyen qu’Owen puisse le suivre à la trace. Il devait se reprendre afin de donner sa position.

— Je viens juste de dépasser le panneau indiquant Brant Lake, sur l’I-87. Mais on me colle toujours au cul.

— Le FBI ou les Bullen ?

— Dieu seul sait. Des gars dans un gros SUV noir avec des vitres teintées et des passagers avec des armes.

— Débarrassez-vous d’eux ! ordonna sèchement Owen.

Sean aurait aimé penser qu’il y avait de l’inquiétude dans la voix de l’autre homme, mais tout ce qu’il put entendre fut l’ordre en lui-même. Apparemment, c’était ce dont il avait besoin tandis qu’il refoulait la douleur dans sa tête et sa poitrine, se concentrant sur la neige. Il perdait du sang, à un rythme soutenu. Il avait besoin de s’arrêter et de trouver des bandages ou quelque chose de similaire, mais les hommes armés ne lui laisseraient pas le temps de prendre des décisions. Son seul objectif était de se rendre là où Max lui avait dit d’aller et où il serait en sécurité. Il avait joué avec trop de côtés différents et, maintenant, il semblerait que tout le monde veuille se débarrasser de lui.

— Nous nous reparlerons plus tard, réussit-il à dire entre deux vagues de douleur.

Après avoir appuyé sur la touche pour mettre fin à l’appel, il guida la voiture à travers la tempête blanche et glissante, appuya sur le bouton de commande de la fenêtre, puis saisit son arme dans sa main gauche. Il était peut-être droitier, mais ce bras était engourdi par sa blessure. Il espérait juste que son but serait atteint en utilisant sa main gauche. Avec chaque once de force qu’il puisa dans ses réserves, dirigée vers sa main, il attendit jusqu’à ce que le prochain virage apparaisse sur la route et quand il pressentit l’instant où il avait besoin de tirer, il laissa échapper une volée de balles. Le SIG tressauta dans sa main et il accueillit la soudaine souffrance afin d’effacer l’épuisement qui obscurcissait sa tête. Le SUV qui le suivait se déporta tandis que deux pneus se dégonflaient, puis il zigzagua sur l’autoroute, pour terminer finalement sa course contre un arbre, sur le bas-côté.

Les occupants sortirent tous précipitamment, mais au moins la menace était neutralisée. Appuyant de nouveau sur le bouton de la fenêtre pour arrêter la neige de créer une nouvelle tempête à l’intérieur de la voiture, il lutta ensuite contre le volant, tandis que la fichue bagnole dansait sur la route. L’autoroute I-87 était vide comme il ne l’avait jamais vue et il remercia le ciel de l’opportunité de la tempête de neige. Elle permettait aux gens de rester chez eux, loin de lui. Il tenta de ranger son arme dans son holster, mais elle lui glissa des mains et tomba sur le côté. Il n’en avait plus besoin. Il n’y avait plus personne derrière lui. Il la retrouverait quand il s’arrêterait.

Seize kilomètres jusqu’à la bifurcation, quelques-uns encore jusqu’à l’endroit où la route se divisait en deux, puis un autre jusqu’au chalet. Max avait dit qu’il y aurait des fournitures médicales là-bas, des couvertures et probablement de la nourriture. Un endroit où se cacher et l’ironie dans tout cela, c’était qu’il allait utiliser ce qui était autrefois une de ces fichues maisons sécurisées du Sanctuaire. Seigneur, si un des membres de l’équipe de Jake réalisait qu’il se terrait dans une propriété du Sanctuaire, il serait perdu. Et si c’était Jake lui-même qui s’en rendait compte ? Il n’osait même pas y songer.

Jake. Il avait besoin de s’excuser auprès de lui maintenant que tout était terminé. Jake le détestait – il l’avait vu sur son visage. Bon sang, étant donné que cela lui avait pris des mois pour faire assez confiance à Sean pour abaisser sa garde, cela avait dû lui faire un mal de chien quand il l’avait trahi, ainsi que ses équipes du Sanctuaire. Un nouvel élan de douleur émana de son épaule et il cligna des yeux à la soudaine inconscience qui les lui avait fait fermer. Il ne voulait pas regarder, mais il devait le faire. Conduisant d’une seule main, aussi prudemment qu’il le pouvait, il baissa les yeux et souleva sa chemise et son sweat – bien trop de sang à son goût et de souffrance. Il espérait sincèrement que la balle n’avait rien touché de vital.

La bifurcation arriva vers lui avant qu’il le réalise et il dût appuyer sur le frein plus fort qu’il n’aurait dû, faisant tanguer la petite voiture des deux côtés, puis trembler avant de s’arrêter. Après avoir redémarré, il recula sur l’autoroute habituellement dense et réussit à reculer afin de prendre la bonne sortie. Suivant la route, il maudit les pneus fins qui lui faisaient ressentir chaque bosse et crevasse de la route, sa tête cognant le plafond de la compacte, trop de fois pour pouvoir les compter. Il allait finir par se faire une commotion cérébrale s’il ne saignait pas à mort avant.

La route se divisa en deux et il orienta son véhicule sur la voie de gauche. L’arrière glissa et il décéléra lentement, jusqu’à ce qu’il avance doucement avant de s’arrêter. S’il n’y avait pas sa perte de sang, les armes et le fait qu’il se trouvait au beau milieu d’une foutue tempête de neige, il aurait pu en rire. Appuyant sur l’accélérateur, il fit avancer la voiture et elle s’accrocha sur la neige profonde. Enfonçant un peu plus son pied, il fut surpris quand son véhicule patina avant de bondir brusquement en avant. Il essaya de le contrôler, mais il n’arrivait pas à s’arrêter, tandis qu’il glissait sur le sol verglacé. Il y avait une voiture, un 4x4 noir garé sur un des côtés, puis quelque chose sur la route : un mur, un mur blanc. Sa Toyota le heurta de plein fouet, puis rebondit et se dirigea vers le côté opposé de la route, vers le 4x4. Sean se cramponna et poussa une bordée de jurons alors que le ciel s’inclinait et qu’il dérapait sur le côté de la route étroite. La voiture s’immobilisa et l’impact le projeta en avant, puis en arrière, la ceinture s’enfonçant cruellement dans sa poitrine, secouant son épaule blessée. Des taches noires dansèrent devant ses yeux et il souffla pour repousser l’éclair de souffrance, essayant de prendre des respirations dures et haletantes. Clignant des yeux pour rejeter l’obscurité, il se concentra sur sa position latérale.

— Merde !

Il ne pouvait rien distinguer à travers la fenêtre du côté conducteur et ne vit que la neige aveuglante par le côté passager, qui faisait face au ciel. Qu’est-ce que j’ai heurté ? Merde ! Il ne devait pas être loin du chalet, il ferait donc le reste de la route à pied, à condition qu’il puisse sortir de cette fichue bagnole. Il leva son bras avec précaution et ses doigts glissèrent sur le sang collant qui suintait de son épaule. Marquant une pause, l’espace d’un instant, prenant le temps de réfléchir à sa situation, il tenta doucement de bouger chacun de ses muscles et fut soulagé de constater qu’il n’était pas pris au piège. D’accord, donc le péril immédiat était proche de zéro, en dehors de son saignement, mais il avait déjà saigné auparavant, tout se passerait bien. La ceinture était serrée et la seule façon de s’en sortir était de la couper pour s’en délivrer. Tendant une main vers sa poche, autant qu’il put, il en sortit un petit canif et commença à découper le tissu épais. Il cligna des paupières lorsque quelque chose coula dans ses yeux, qu’il essuya du revers de sa main et elle revint avec encore plus de sang.

Super ! Manifestement, il s’était cogné la tête, attrapant probablement de ce fait une sorte de commotion cérébrale. Grognant, il réalisa que cela expliquait sa douleur à la tête, encore une autre douleur dont il avait à s’inquiéter. La ceinture finit enfin par céder et le fait qu’il n’était plus retenu sur place signifiait qu’il était maintenant affalé contre la fenêtre enfoncée dans le sol. Putain, il avait mal partout. Il tenta de localiser son sac et repéra finalement une poignée, mais il était bel et bien coincé par le moteur qui avait avancé jusqu’au niveau du siège passager. Où était son SIG ? Il était tombé sur le sol et il avait besoin de sa fichue arme s’il devait tenir quelqu’un à distance. Il l’aperçut sous le sac. Merde ! Il n’y avait pas moyen qu’il puisse sortir de la voiture. Gémissant à la douleur qui augmentait derrière ses yeux, il essaya une dernière fois d’arracher le sac pour le libérer, mais il ne lui restait plus aucune énergie, donc il resterait dans le véhicule.

Devrait-il simplement patienter dans la voiture ? Il était fatigué et cela paraissait être une très bonne idée – juste de se coucher et, peut-être qu’un passant pourrait le sortir de là. Appeler une ambulance ? Appeler les flics ? Seigneur, l’idée même d’un téléphone portable lui paraissait géniale en ce moment. Merde ! Il avait besoin de sortir de cette boîte de conserve. Fermant brièvement les yeux, il se concentra sur ce qu’il devait faire et, après beaucoup de remue-méninges et de poussées, il réussit enfin à ouvrir la fenêtre côté passager et à grimper par-dessus le compartiment écrasé de l’épave. Il se retrouva dehors, directement plongé dans une version blanche de l’enfer. Le blizzard était passé d’intense à renforcé en quelques minutes et de minuscules projectiles glacés piquaient et mordaient chaque parcelle de peau exposée. Il n’était pas vraiment pris plus que les vêtements qu’il portait lorsqu’il avait été découvert. Il n’avait gardé qu’un tee-shirt et un chandail afin de repousser le froid du bureau chauffé. Il n’était vraiment pas préparé. Refoulant les douleurs et souffrances de son corps, il se souvint comment la voiture avait glissé et dérapé le long de la montagne. Il regarda l’avant de la voiture qui pointait vers le haut, décidant que c’était la direction qu’il devait suivre. Tant qu’il bougeait, grimpait et qu’il collait à la vieille route comme il le pouvait, alors il pourrait certainement bientôt atteindre le chalet.

Il trébucha quand il se prit le pied dans une racine du tronc d’arbre qui bloquait le passage – manifestement, l’objet inamovible qui l’avait forcé à quitter la route. Le véhicule qu’il avait repéré était un grand 4x4 noir, mais la neige qui volait autour de son visage voilait sa vision et il décida d’ignorer sa présence, s’efforçant de mettre un pied devant l’autre jusqu’au haut de l’escarpement. Il lui faudrait au moins dix minutes pour atteindre le chalet et utiliser les compétences qui restaient disponibles dans son cerveau pour forcer les serrures et attendre à l’intérieur que le blizzard passe. Le bon côté cependant, c’était que sa température corporelle allait chuter, ralentissant le saignement, ce qui était une bonne chose. Le seul point positif. Il était gelé, frissonnait, se sentait engourdi et chaque pas était une torture pour ses pieds qui pesaient aussi lourd que du plomb. Ai-je marché pendant dix minutes ? Me suis-je arrêté ? Où suis-je ? Plusieurs fois, il fut retenu par des branches, se rendant compte qu’il s’était éloigné de la route, il trébucha même dans une profonde ornière sur la gauche du chemin cabossé. Il se remit sur ses genoux dans la crevasse qui se remplissait rapidement, se demandant brièvement si ce ne serait pas mieux de rester simplement assis et de se reposer.

Son état d’épuisement le vidait du reste de ses forces. Si je m’assieds ici, la neige me recouvrira comme une couverture et j’aurai chaud. C’était une pensée dangereuse, il devrait continuer de marcher, encore et encore. Il arriva à un virage, mais il y avait toujours rien à voir, excepté cette blancheur aveuglante. Fatigué et arrivé à un point où il était loin de s’en soucier, il s’arrêta.

J’ai fait mon boulot, j’ai réussi à convaincre tout le monde et j’ai menti pour rester en vie. Je n’ai pas besoin d’en faire plus. Owen a suffisamment de données pour les arrêter tous et pour trouver le lien. Il n’a plus besoin de moi. Je dois juste m’excuser et m’expliquer auprès d’une seule personne : Jake. Je suis désolé.
À la pensée que Jake ne sache pas, qu’il ne puisse pas revoir l’homme qui avait retiré une à une les différentes pièces de l’armure qu’il portait, exposant l’être qui se trouvait en dessous, c’était comme un véritable coup de pied au cul. Il atteindrait ce foutu chalet. Il se barricaderait, se réchaufferait, mangerait, recouvrerait la santé, ferait cesser la douleur dans son bras. Il le ferait. Puis il se livrerait. Manny l’aimait bien. Enfin, Manny l’avait bien apprécié. Peut-être qu’il devrait juste rester assis et leur faire savoir où il était. Peut-être que Nik ou Dale viendrait le trouver pour le ramener au Sanctuaire par la peau du cul. Bon sang, peut-être même que le Sanctuaire pourrait le cacher jusqu’à ce que tout soit arrangé ? Ils adoreraient ça. Après ce qu’il leur avait fait, à Jake en particulier, il y avait des chances que Manny pisse sur lui comme s’il était en feu.

Un pas après l’autre, il vacilla et se dirigea droit vers un autre arbre. Attends… Ce n’est pas un arbre. Une clôture ? Obligeant son esprit fatigué à se concentrer sur ladite clôture, avec l’image du chalet en tête, il rassembla chaque once d’énergie qui lui restait et chancela vers la gauche. Finalement, il trouva une ouverture. Là ! Un espace dans lequel il pouvait trébucher. Se tenant toujours au dernier piquet, il se redressa, appuyant son dos à la barrière. Dans sa tête, le chalet se trouvait à peut-être neuf mètres droit devant, mais il ne pouvait rien distinguer à travers les flocons de neige. Neuf mètres devant… tout droit, devant. Neuf grands pas. C’était simple. Puis encore deux pour grimper sur le porche et être à l’abri de la neige. Les derniers pas qu’il fit envoyèrent des langues de feu dans ses jambes et il essaya de compter, mais plus rien n’avait de sens dans son esprit.

Se heurtant aux marches, il se retrouva à genoux et jura à haute voix à la douleur sourde qui montait et descendait dans ses jambes. Poussant ses mains dans la neige, il s’accrocha au bois du porche. Encore quelques centimètres et il serait à l’abri. Soudain, une lumière inonda le porche et l’entoura et, malgré la neige il put distinguer une silhouette, entendre un cri et des mots étouffés.

— Merde ! C’est quoi ce bordel ?

Des bras puissants le relevèrent, le forçant à lâcher le bois et il gémit lorsque ses doigts abandonnèrent leur prise. Il ne pouvait pas se lever, il ne lui restait plus rien à donner. La lumière l’engloutit.

— Verrouillez ! cracha-t-il. Enfermez-nous.

Peu importe qui c’était ou qui vivait dans cet endroit. Il l’avait traîné à l’intérieur et si c’était bien le vieux Sanctuaire Un défunt, alors ils devaient isoler le chalet. Il répéta le mot encore et encore, avant de lever finalement son regard vers la personne qui le tirait. Des yeux bleus préoccupés. Des orbes en colère. Puis il perdit sa bataille pour rester éveillé et se laissa aller.